« Le handicap fictionnel dans la science-fiction artistique » (mars 2026)

En mars 2026, mon article «  Le handicap fictionnel dans la science-fiction artistique «  a été publié aux éditions BoD, dirigé par Clément Pélissier et Jérôme Goffette pour l’association universitaire Stella Incognita.

Référence de l’acte de colloque :
Jessica Ragazzini, « Le handicap fictionnel dans la science-fiction artistique », dans handicaps et Science-fiction , sous la direction de Clément Pélissier et Jérôme Goffette, Université Grenoble Alpes, organisé par Stella Incognita, BoD, France, 2026.

Le regard sur le corps et celui sur le handicap à travers l’objectif photographique

De l’interprétation troublante de Deborah Kara Unger dans l’adaptation filmique de Crash (1996) à Rosa Salazar incarnant la cyborg Alita dans Alita : Battle Angel (2019), en passant par Sam Worthington dans le rôle de Jake Sully dans Avatar (2009), le cinéma de science-fiction grand public met en scène une galerie de corps fictivement altérés. Ces personnages – souvent valides dans la réalité – simulent des handicaps ou en portent les marques dans des récits où pouvoir, désir et technologie se croisent. 

Parallèlement, la photographie de la fin du XXe siècle explore aussi ces figures corporelles hors-limites, notamment par la pratique de Helmut Newton et de Joel-Peter Witkin. Newton, célèbre pour ses clichés de mode provocateurs publiés dans Vogue, associe érotisme, prothèse et posture figée dans une esthétique du pouvoir et de la stylisation. Witkin, quant à lui, construit des tableaux photographiques baroques et morbides où l’altérité physique – réelle ou fictive – devient sublime, transgressive, quasi religieuse. 

Malgré leurs différences esthétiques, ces deux artistes partagent un même intérêt pour les corps en tension avec la norme. Le handicap, qu’il soit simulé ou réel, devient le vecteur d’une réflexion visuelle sur les frontières du corps. Ces représentations déplacent la question du handicap hors de la sphère médicale pour en faire une surface de projection artistique, philosophique et politique.

Structure de l’article

la présentation pose la question des limites : que gagne-t-on à représenter le handicap sous une forme simulée ou augmentée ? Quel en est l’intérêt ? Quelles réalités sociales ces fictions occultent-elles ou révèlent-elles ? 

S’inscrivant dans une lecture croisée entre les théories du posthumanisme (Haraway[1], Hayles[2], Braidotti[3]), les études critiques du handicap (crip theory, Mitchell et Snyder[4]), et les approches esthétiques issues de l’histoire de l’art et de la mode, cette étude examine les fonctions narratives et symboliques du handicap dans les récits spéculatifs. Il s’agit d’abord de retracer une généalogie des corps altérés à travers l’histoire des représentations — des mythes antiques aux avant-gardes modernistes — pour comprendre comment les corps amputés, mécanisés ou reconfigurés par la technique s’inscrivent dans une longue tradition visuelle et philosophique de la monstruosité et de l’hybridité.


[1] Haraway (Donna) : A Cyborg Manifesto, in Simians, Cyborgs and Women: The Reinvention of Nature..

[2] Hayles (N. Katherine) : How We Became Posthuman: Virtual Bodies in Cybernetics, Literature and Informatics.

[3] Braidotti (Rosi) : The Posthuman.

[4] Mitchell (David T) et Snyder (Sharon L.) : Narrative Prosthesis: Disability and the Dependencies of Discourse.