L’évolution des technologies visuelles a profondément transformé notre perception du corps. Mon projet postdoctoral, intitulé Entre voir et être : La dichotomie du corps dans l’imagerie médicale et artistique dans l’expérience phénoménologique, mené en collaboration avec Chiara Palermo (Université Paris 1 / LETHICA), explore cette interaction entre représentation médicale et artistique.
Les imageries médicales permettent de visualiser l’intérieur du corps sans intervention chirurgicale, offrant une aide précieuse aux patients et aux professionnels de santé. Cependant, ces images sont souvent perçues comme étrangères par les patients eux-mêmes, créant une tension entre leur expérience vécue du corps et sa réification par la technologie (Emmanuel Alloa, 2011, p. 14). Cette problématique soulève des questionnements fondamentaux sur notre rapport au corps et à son image dans le monde contemporain.
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Un Lien Historique entre Image Médicale et Artistique
Depuis l’invention de la photographie, les représentations médicales et artistiques ont évolué conjointement. En 1839, la photographie fut présentée non pas à l’Académie des Beaux-Arts, mais à l’Académie des Sciences, soulignant sa vocation scientifique (Jean-Louis Marignier, 1999, p. 74). Quelques décennies plus tard, l’imagerie par rayons X (1895) prolonge cette dynamique en prétendant offrir une vision transparente du corps. Pourtant, ces images nécessitent une interprétation qui dépasse leur apparente objectivité (Bernike Pasveer, 1989, p. 362). Ce n’est qu’à partir des années 1980 que les sciences humaines et sociales commencent à considérer ces images non plus comme de simples empreintes du réel, mais comme des créations influencées par un cadre technique et culturel.
Une Expérience Phénoménologique du Corps
L’objectif de cette recherche est d’analyser le dialogue entre imagerie médicale et imagerie artistique pour mieux comprendre leur rôle dans la construction d’une nouvelle perception du corps au XXIe siècle. En croisant art et médecine, cette étude interroge la manière dont ces images façonnent notre expérience du corps propre, oscillant entre familiarité et étrangeté.
L’imagerie médicale, bien que produite dans un cadre intime et privé, propose une représentation du corps qui peut sembler déshumanisante. À l’inverse, l’image artistique, exposée publiquement, transforme cette représentation en un espace de réflexion et d’émotion partagée. Ces deux formes de visualisation ne sont pas seulement des symptômes d’une évolution de la philosophie du corps, mais aussi des outils qui participent activement à sa transformation.
Problématiques et Enjeux
Ce projet s’articule autour de plusieurs questions centrales :
- Comment le corps propre est-il représenté comme une entité transparente par les images médicales et artistiques ?
- Quelle réflexion ontologique ces images apportent-elles sur l’expérience du corps dans nos sociétés hypervisuelles ?
- Comment la représentation médicale du corps influence-t-elle la perception de l’individu sur sa propre matérialité ?
L’objectif est de mettre en lumière les interactions entre l’art et la science dans la représentation du corps et d’analyser comment, dans un monde où l’imagerie médicale et artistique se développent à une échelle inédite, notre rapport au corps évolue en profondeur.
Conclusion
Cette recherche postdoctorale entend explorer la manière dont l’humain du XXIe siècle perçoit son corps à travers les filtres technologiques et artistiques. En s’appuyant sur un dialogue entre médecine, philosophie et esthétique, elle propose une réflexion sur l’impact de l’image dans notre construction identitaire et corporelle.
