Article : Lorsque les musées déjouent ladite « pornographie » de leurs œuvres (juin 2023)

Dans un article que j’ai publié dans la revue Espace art actuel, intitulé « Lorsque les musées déjouent ladite « pornographie » de leurs œuvres » en juin 2023, j’ai exploré comment les musées modernes gèrent et présentent des œuvres d’art qui pourraient être considérées comme provocatrices ou explicites. Cet article examine les stratégies utilisées par les institutions pour naviguer dans la tension entre l’expression artistique et la sensibilité du public.

Référence de l’article :
Jessica Ragazzini, 2023, « Lorsque les musées déjouent ladite « pornographie » de leurs œuvres »,
ESPACE art actuel, numéro dirigé par Julie Lavigne, p. 18-28.

Contexte de l’Article

cet article interroge les nouvelles formes de censure auxquelles sont confrontées les institutions muséales à l’ère des réseaux sociaux et des algorithmes. À partir de controverses entourant des œuvres de Robert Mapplethorpe, Egon Schiele, Pablo Picasso ou encore Nobuyoshi Araki, j’analyse la manière dont la nudité artistique est aujourd’hui assimilée à la pornographie par les plateformes numériques. L’article montre comment les musées doivent désormais composer avec des dispositifs automatisés de modération qui effacent les contextes historiques, esthétiques et culturels des œuvres. En étudiant notamment les stratégies développées par les musées de Vienne — entre autocensure visuelle et utilisation de plateformes comme OnlyFans —, l’auteure met en lumière les tensions contemporaines entre liberté artistique, diffusion numérique et contrôle des images du corps. 

Les algorithmes et la censure

Les plateformes numériques comme Facebook, Instagram ou TikTok ne distinguent plus véritablement la nudité artistique de la pornographie. Les œuvres sont analysées automatiquement par des algorithmes qui isolent certaines parties du corps — seins, sexe, fesses — sans tenir compte du contexte esthétique, historique ou symbolique de l’image. Ainsi, des œuvres majeures de l’histoire de l’art peuvent être censurées au même titre qu’un contenu pornographique. L’article souligne alors que la disparition du contexte dans l’analyse automatisée des images réduit le corps humain à une donnée visuelle de manière problématique. 

Les musées de Vienne : des études de cas exemplaires

L’exemple des musées de Vienne est fascinant, car ils choisissent non seulement de dénoncer la situation, mais aussi de détourner les mécanismes mêmes de la censure. D’une part, ils lancent une campagne publicitaire où les parties censurées des œuvres sont recouvertes de bandeaux blancs accompagnés du slogan : « Sorry, 100 years old but still too daring today ». D’autre part, ils ouvrent un compte sur la plateforme Onlyfan — habituellement associée à la pornographie — afin de pouvoir diffuser librement des œuvres d’art contenant de la nudité. Cette stratégie révèle toute l’ironie de la situation contemporaine dans laquelle des musées doivent désormais utiliser des espaces numériques associés au contenu sexuel pour montrer des œuvres patrimoniales reconnues par l’histoire de l’art.