Communication : Photographier la recherche : enquête sensible sur les gestes du savoir (18 Novembre 2025)

Le 18 novembre 2025, j’ai eu le plaisir de me rendre à Nantes pour les journées d’études  Faire•Dire : écritures alternatives de la recherche – Dire 2025 : Quel(s) acte(s) pour la parole de la recherche ? où j’ai présenté une conférence intitulée « Photographier la recherche : enquête sensible sur les gestes du savoir »Cette communication s’est inscrite dans une recherche-création photographique en cours que je mène depuis plusieurs années. Celle-ci prend pour objet les chercheur·euses universitaires non pas dans leur posture d’autorité ou d’expertise, mais dans leur vécu quotidien : moments de doute, de solitude, d’enthousiasme, d’achoppement ou de clarté fugace. En s’attachant aux gestes, aux environnements de travail, aux corps en réflexion ou en pause, ce projet propose une plongée sensible dans la fabrique du savoir, loin des mythologies de l’excellence, de l’exigence de l’expertise ou des récits institutionnels. Cette présentation se basait sur des expériences personnelles et celles d’autres collectives comme celle du duo Tour de Rôle.

Image à la une de l’article : Jessica Ragazzini, Sans titre, 2017. 

Référence de la communication :
Jessica Ragazzini, « Photographier la recherche : enquête sensible sur les gestes du savoir » communication pour des journées d’étude Faire•Dire : écritures alternatives de la recherche – Dire 2025 : Quel(s) acte(s) pour la parole de la recherche ? organisée par l’ENSA Nantes, à Nantes, le 18 novembre 2025.

Résumé de la conférence : « Photographier la recherche : enquête sensible sur les gestes du savoir »

la création produite devient une méthode d’enquête en soi où la photographie est envisagée comme dispositif qui me permet d’interroger à la fois ce que signifie faire recherche et de quelle manière ces pratiques se matérialisent dans les plis de l’intime et du collectif. Ce travail repose sur une épistémologie du sensible, où l’image n’est pas une simple restitution illustrative, mais un médium exploratoire à part entière qui permet d’envisager les différents, complexes et nombreux aspects de la vie des chercheur·euses en France, au Canada, en Tunisie, en Irlande, lieux que j’ai jusque là moi-même fréquentés à titre de chercheuse. À travers une approche relationnelle et éthique de la photographie, j’étudie les ambivalences affectives de la recherche : sentiment d’imposture, pression à la productivité, mais aussi fierté, créativité, partages intellectuels. Sur le plan méthodologique, cette proposition rejoint une pensée en acte où le faire et le dire lié aux dispositifs créatifs eux-mêmes (prise de vue, mise en scène, entretiens sensibles) orientant la réflexion théorique. En cela, cette recherche rejoint les réflexions en recherche-création notamment de la chercheuse Grazia Giacco, en s’inscrivant dans un cadre de production de savoirs qui dépasse la dichotomie entre théorie et pratique. Il s’agit de penser l’image comme réponse potentielle aux enjeux de l’étude même du domaine académique mis en abîme en dehors des formats académiques traditionnels. 

Une recherche-création intimiste et féministe

En tant que photographe et chercheuse, je travaille depuis mon propre corps, ma propre expérience du monde académique, mon propre regard. Je porte en moi la fatigue, la résilience, la joie et la précarité du milieu qui me fait vivre de manière financière et identitaire. Mon regard est impliqué, conscient de sa position. En ce sens, la recherche-création me permet de penser depuis l’intérieur l’université, dans et avec elle.

Les femmes universitaires portent souvent un rapport ambivalent à la visibilité : trop vues ou jamais assez. Leurs corps, longtemps considérés comme des intrus dans l’espace du savoir, continuent de négocier leur droit d’y exister sans se justifier, sans que le système académique n’ait à dicter leur condition biologique et charnelle.